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La Mountelenco - Rosa Bordas

 
La Mountelenco - Rosa Bordas Content : La Mountelenco
Lettre de Rosa Bordas à Frédéric Mistral
La chanson humanitaire
La ‘Patti de la chope, prima donna du ruisseau’
Frédéric Mistral à Jean Joseph Bonaventure Laurens, felibre adoulènti
Rendez-vous avec Carvalho, directeur de l'Opéra Comique de Paris
Martineto par le doux Grivolas
Théodore Aubanel / Teodor Aubanèu
Rosa Bordas, rouge du Midi
Marie Martin par Jean Joseph Bonaventure Laurens, 1849
François Jouve - La Canaille
Auguste Escoffier, le Vatel de la restauration
Rosa Bordas et les Fêtes annuelles en l’honneur de St-Gens
E dóu dardai fendè la braso – Et des dards du soleil elle fendit la braise
Lettre de Rosa Bordas à Frédéric Mistral - Saint Eugène
Castil Blaze, Alibert, Mayol, Fernandel,...
Monteux, Ruggieri, Café-chantant, Café-concert, opérette,...
Références - Bibliothèque Inguimbertine
Almanach Provençal - Armana Prouvençau / Le Pèlerinage de Saint Gens - La Marcho de Sant Gent
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Almanach Provençal - Armana Prouvençau / Le Pèlerinage de Saint Gens - La Marcho de Sant Gent

 

Almanach Provençal de 1873

1873

LA MONTELAISE

Traduction mistralienne

I

Une fois, à Monteux, qui est l’endroit du grand saint Gent et de Nicolas Saboly, il y avait une fillette blonde comme l’or. On lui disait Rose. C’était la fille d’un cafetier. Et , comme elle était sage et qu’elle chantait comme un ange, le cure de Monteux l’avait mise à la tête des choristes de son église.
Voici que, pour la Saint-Gent, fête patronale de Monteux, le père de Rose avait loué un chanteur. Le chanteur, qui était jeune, tomba amoureux de la blondine ; la blondine, ma foi, devint amoureuse aussi. Puis, un beau jour, les deux enfants, sans tant aller chercher, se marièrent ; la petite Rose fut Mme Bordas.
Adieu, Monteux ! Ils partirent ensemble. Ah ! que c’était charmant, libres comme l’air et jeunes comme l’eau., de n’avoir aucun souci, que de vivre en plein amour et chanter pour gagner sa vie !
La belle première fête où Rose chanta, ce fut pour sainte Agathe, la vote des Maillanais.Je m’en souviens comme si c’était hier.
C’était au café de la Place (aujourd’hui Café du Soleil) : la salle était pleine comme un œuf. Rose, pas plus effrayée qu’un passereau de saule, était droite, là-bas au fond, sur une estrade, avec ses cheveux blondins, avec ses jolis bras nus, et son mari à ses pieds l’accompagnant sur la guitare.
Il y avait une fumée ! C’était rempli de paysans, de Graveson, de Saint-Rémy, d’Eyrague et de Maillane. Mais on n’entendait pas une mauvaise parole. Ils ne faisaient que dire :
Rosa Bordas‘Comme elle est jolie ! le galant biais ! Elle chante comme un orgue, et elle n’est pas de loin, elle n’est que de Monteux !’
Il est vrai que Rose chantait que de belles  chansons. Elle parlait de patrie, de drapeau, de bataille, de liberté, de gloire, et cela avec une passion, une flamme, un tron de l’air, qui faisaient tressaillir toutes ces poitrines d’hommes. Puis, quand elle avait fini, elle criait :
‘Vive saint Gent !’
Des applaudissements à démolir la salle. La petite descendait, faisait toutes joyeuse, la quête autour des tables ; les pièces de deux sous pleuvaient dans la sébile et, riante et contente comme si elle avait cent mille francs, elle versait l’argent dans la guitare de son homme, en lui disant :
‘Tiens ! vois ; si cela dure, nous serons bientôt, riches…’

II

Quand Mme Bordas eut fait toutes les fêtes de notre voisinage, l’envie lui vint de s’essayer dans les villes.
Là, comme au village, la Montelaise fit florès. Elle chantait la Pologne avec son drapeau à la main ; elle y mettait tant d’âme, tant de frisson, qu’elle faisait frémir.
En Avignon, à Cette, à Bordeaux, elle était adorée du peuple. Tellement qu’elle se fit :
‘Maintenant, il n’y a plus que Paris !’
Elle monta donc à Paris. Paris est l’entonnoir qui aspire tout. Là comme ailleurs, et plus encore, elle fut l’idole de la foule.
Nous étions aux derniers jours de l’Empire ; la châtaigne commençait à fumer, et Mme Bordas chanta la Marseillaise.
Jamais cantatrice n’avait dit cet hymne avec un tel enthousiasme, une telle frénésie, les ouvriers des barricades crurent voir, devant eux, la liberté resplendissante et Tony Révillon, un poète de Paris, disait, dans le journal :

Elle nous vient de la Provence,
Où soufflent les vents de la mer,
Où l’on respire l’éloquence,
Tout enfant, en respirant l’air.
Tous les bras sont tendus vers elle…
Nous te saluons, O beauté :

Pour suivre tes pas, immortelle,
Nous quitterons notre cité.
Tu nous mèneras aux frontières,
A ton moindre geste soumis,
Car tous les peuples sont nos frères
Et les tyrans nos ennemis.

 

III

Hélas ! à la frontière, trop vite il fallut aller. La guerre, la défaite, la révolution, le siège s’amoncelèrent coup sur coup. Puis vint la Commune et son train du diable.
La folle Montelaise, éperdue là dedans comme un oiseau dans la tempête, ivre d’ailleurs de fumée, de tourbillonnement, de popularité, leur chanta Marianne comme un petit démon. Elle aurait chanté dans l’eau ; encore mieux dans le feu !
Un jour, l’émeute l’enveloppa dans la rue et l’emporta comme une paille dans le palais des Tuileries.La populace reine se donnait une fête dans les salons impériaux. Des bras noirs de poudre saisirent Marianne – car Mme Bordas était pour eux Marianne – et la campèrent sur le trône, au milieu des drapeaux rouges.
Chante-nous, lui crièrent-ils la dernière chanson que vont entendre les voûtes de ce palais maudit !
Et la petite de Monteux, avec le bonnet rouge coiffant ses cheveux blonds, leur chanta… La Canaille.
Un formidable cri : ‘Vive la République !’ suivit le dernier refrain. Seulement, une voix perdue dans la foule répondit :
La Marcho de Sant Gent Santo Joio, Divino Estàsi  (Gounod Mirèio Mistral)‘Vivo sant Gènt !’
La Montelaise n’y vit plus, deux larmes brillèrent dans ses yeux bleus, et elle devint pâle comme une morte.
Ouvrez, donnez-lui de l’air ! cria-t-on en voyant que le cœur lui manquait…
Ah ! non, pauvre Rose ! ce n’était pas l’air qui lui manquait : c’était Monteux, c’était Saint Gent dans la montagne, et l’innocente joie des fêtes de Provence.
La foule, cependant, avec ses drapeaux rouges s’écoulait en hurlant par les portails ouverts.
Sur Paris, de plus en plus, tonnait la canonnade : des bruits sombres, sinistres couraient dans les rues, de longues fusillades s’entendaient au lointain, l’odeur du pétrole vous coupait l’haleine, et, quelques heures après, le feu des Tuileries montait jusqu’aux nues.
Pauvre petite Montelaise : nul n’en a plus ouï parler.

 

ARMANA PROUVENCAU

Per l’an de Dièu

LA MOUNTELENCO

I

Uno fes, à Montéu, qu’es l’endré dóu grand sant Gènt et de Micoulau Saboly, i’avié’no chatouneto bloundo coume l’or. Ie disien Roso. Èro la fiho d’un cafetié. E coume èro braveto e que cantavo coume un ange, lou curat de Mountéu l’avié messo à la testo di couristo de sa glèiso.
Veici que pèr sant Gènt, qu’es la voto de Mountéu, lou paire de Rouset avié louga un cantaire. Lou cantaire, qu’èro jouine, toumbè amourous de la bloundino ; la bloundino, ma fe, s’amourousiguè peréu ; em’aco li dous enfant, sènso tant ana cerca, se maridèron : la pichoto Rouset fugè madamo Bordas.
Adiéu Mountéu ! partiguèron tóuti dous. Ah ! coume acò’ro brave ! libre coume l’èr e jouve coume d’aigo, n’avé d’autre soucit que de faire l’amour e canta pèr gagna sa vido !
La bello proumiero voto ounte Rouset cantè, fuguè pèr sant Agueto, la fèsto de Maianen. Me n’ensouvèn coume s’èro aier. Ero au cafè de la Plaço : la salo èro clafido coume un iòu. Rouset, pas mai crentouso qu’un passeroun de sause, èro drecho eila au founs sus un taulié, emé soun peu bloundin, emé si poulit bras nus, e sous marit à si pèd l’acoumpagnant sus la guitarro.
Te i’avié’no tubèio ! èro plen de païsan, de Gravesoun, de Sant Roumié, d’Eirago et de Maiano. Mai s’entendié pas dire uno marrido resoun. Fasien que dire : ‘Coume es poulido ! lou galant biais ! canto coume uno ourgueno ! es pas de liuen, es que de Mountéu !’
Es verai que Rouset cantavo ges de làidi cansoun. Parlavo rèn que de patrio, de drapèu, de bataio, de liberta, de glòri ; e acò’mé’no passioun, uno arderesso, un tron-de-l’èr, que fasié tresana tóuti aquéli pitre d’ome. Pièi, quand avié fini, cridavo ! Vivo sant Gènt !
I’avié de picamen de man à demouli la salo. La pichoto davalavo, fasié touto galoio la mancho autour di taulo ; li pèço de dous sòu plóuvien dins l’escudello ; e risènto e countènto coume s’avié cènt milo franc, vejavo pièr l’argènt dins la guitarro de soun ome, en ie disènt : ‘Tè ve, s’acò duro, saren lèu riche…’ 

II

Quand madamo Bordas aguè fa tóuti li voto de nosto vesinanço, l’envejo ie venguè d’assaja dins li vilo. Aqui coume au vilage, la Mountelenco faguè flòri. Cantavo la Poulougno emé soun drapèu à la man, e ie metié tant d’amo et tant de frejoulun que vous fasié ferni. En Avignoun, à Ceto, à Toulouso, à Bourdèus, èro adourado pèr lou pople ; bèn tant que se diguè : ‘Aro i’a plus que Paris !’
Mountè dounc à Paris. Acò’s l’embut que tiro tout. Aqui, coume pertout, emai encaro mai, fuguè l’idolo de la foulo. Erian i darrié tèms de l’emperaire ; la castagno acoumençavo de tuba, e madamo Bordas cantè la Marsiheso. Jamai ges de cantarelle avien di aquel inne emé tal estrambord e talo fernetego. Lis óubrié descaladaire creseguèron de vèire la resplendènto Liberta ; e Tony Révillon, un pouèto de Paris disié dins lou journau.

III

Ai ! las ! à la frontiero, que trop lèu fauguè i’ana. La guerro, la desfacho, la revoulucioun, lou sèti, s’amoulounavon cop sus cop. Pièi vengué la Coumuno emé soun trin dóu diable. La folo Mountelenco, esperdudo aqui-dintre coume un aucèu dins la chavano, embriagado pièi, de fum, de revoulun e de poupularita, ie cantè Mariano coume un picho Cifèr…Aurié canta dins l’aigo ; encaro mies dins lou fio !
Un jour, la moulounado l’agouloupè pèr carriero e l’empourtè coume uno paio dins lou palais di Téularié. La poupulaço rèino se dounavo uno fèsto dins li saloun emperiau. De bras negre de poudro agantèron Mariano, car madamo Bordas èro pèr éli Mariano, e la quihèron sus lou trone, entre-mitan di drapèu rouge.
 ‘Canto-nous, ie cridèron, la darriero cansoun que van ausi li vouto d’aquéu palais maudi !’ E la pichot de Mountéu, emè lou bounet rouge couifant soun pèu bloundin, ie cantè.. la Canaio.
Un formidable crid : Vivo la Republico ! seguiguè lou darrié refrin. Soulamen, uno voues perdudo dins la foulo respoundeguè : Vivo sant Gènt ! La Mountenlenco aguè la nèblo, dos lagremo beluguejèron dins sis iue blu, e venguè palo coume uno morte.          ‘Durbès, dounas-ie d’èr !’ cridè lou mounde en vesènt que lou cor ie fasié mau… Ah ! noun, pauro Rouset ! èro pas l’èr que te mancavo : èro Mountéu ; èro sant Gènt dins la mountagno, e l’innoucènto joio di roumavage de Prouvènço.
Pamens la moulounado, emé si drapèu rouge, s’escoulavo en bramant pèr li pourtau badant. Sus Paris mai-que-mai trounavo lou canoun ; de marrit brut courrien dins li carriero segrenouso ; de lòngui fusihado s’entendien pereilalin ; la sentour dou petròli vous levavo l’alen, e quàuquis ouro après, lou fio di Téularié mountavo jusqu’i nivo.
Pauro pichoto Mountelenco ! degun n’a plus ausi parla.

F. Mistral   - Maiano, Mai 1872

 

ARMANA PROUVENCAU

Per l’an de Dièu 1873

CANSOUN GARDIANO

Sus l’èr : Au Temps des Cerises
(Un pau assouvagi)
A Jan Grand
Capitàni de la Nacioun Gardiano

ARMANA PROUVENCAU

Per l’an de Dièu 1873

CHANSON GARDIANE

Sur l’air : Au Temps des Cerises
(Un peu sauvage)
A Jean Grand
Capitaine de la ‘Nacioun Gardiano’.

Quand lou souleias rabino la plano,
Que sus lis estang danson li belu
A ras dis engano
Urous quau, bloucant sa sello gardiano,
S’en vai libre e soul sout lou gran cèu blu.
Quand lou souleias rabino la plano,
Urous quau s’envai sout lou grand cèu blu.

Mai quouro, à l’errour, lou larg se rouviho,
Que sus mar lou jour se vèi davala,
Darrié la mountiho,
Quand vers la palun la mounturo endiho,
Urous quau, gardian, vai s’encabana ;
Mai quouro, à l’errour, lou larg se rouviho,
Urous quau, gardian, vai s’encabana.

Aro qu’an tourna li tèms d’abrivado,
Buten nòsti biòu sus li calada,
En revoulunado ;
Au noum dóu païs e de la manado,
Mantenen, gardian, noste vièi coumbat ;
Aro qu’an tourna li tèms d’avrivado,
Mantenen, gardian, noste vièi coumbat.

Coumpagnoun, d’aut, e parte à grand erre,
Entaiolo-te, sello toun chivau,
Que te vènon querre ;
Plego toun seden, aganto toun ferre,
Pèr la tradicioun fau douna l’assaut ;
Compagnoun, d’aut, d’aut, e parte à grand erre,
Pèr la tradicioun fau donna l’assaut.

Mi fraire gardian, sian qu’uno pougnado,
Mai sauvan la terro e l’us naciounau
De la mau-parado ;
E belèu qu’un jour, la Raço aubourado,
Boumbira, deliéuro, à noste signau ;
Mi fraire gardian, sian qu’uno pougnado,
Mai sauven la terro e faguen signau !

 

(enregistrement : e l’us natiounau)

Flourilege de la Nacioun Gardiano
Prefàci de Marius Jouveau
Pouèmo d’ispiracioun camarguenco et bouvino emé traducioun franceso.
Edicioun de la Nacioun Gardiano 1932

Quand le grand soleil brûle la plaine,
Que sur les étangs dansent les clartés
Au ras des salicornes,
Heureux qui, bouclant sa selle gardiane,
S’en va libre et seul sous le grand ciel bleu ;
Quand le grand soleil brûle la plaine,
Heureux qui s’en va sous le grand ciel bleu.

Mais lorsqu’au crépuscule, le couchant se rouille,
Que, sur mer, on voit descendre le jour
Derrière la dune,
Qquand, vers le marais, hennit la monture,
Heureux qui, gardian, va s’enfermer dans la cabane  ;
Mais lorsqu’au crépuscule, le couchant se rouille,
Heureux qui, gardian, va s’enfermer dans sa cabane.

Maintenant que sont revenus les temps d’ abrivades
Poussons nos taureaux sur les pavés,
En tourbillons ;
Au nom du pays et de la manade,
Maintenons, gardians, notre vieux combat ;
Maintenant que sont revenus les temps d’abrivades,
Maintenons, gardians notre vieux combat.

Compagnon, debout, et pars en grand hâte
Ceins ta tayolle, selle ton cheval,
Car on vient te chercher ;
Roule ton seden, saisis ton trident,
Pour la tradition il faut donner l’assaut ;
Compagnon, debout, et pars en grand hâte,
Pour la tradition, il faut donner l’assaut.

Mes frères gardians, nous ne sommes qu’une poignée
Mais nous sauvons la terre, et la coutume nationale
Du désastre ;
Et, peut-être qu’un jour, la race relevée,
Bondira, délivrée, à notre signal ;
Mes frères gardian, nous ne sommes qu’une poignée,
Mais sauvons la terre et donnons le signal !

 

( enregistrement : e l’us nationau / et la coutume nationale)
 (1ère4ème et 5ème strophe enregistrée par  Adrien Legros)

FE   Mesadié   Felibren Mars-Abrièu 1947   N° 84-85

‘Pauro pichoto Mountelenco, degun n’a plus ausi parla…’

Quouro, dins L’Armana Prouvençau de l’an de Diéu 1873, Mistral escriguè aquésti paraulo qu’acabon soun poulit raconte sus la celèbro Mountelenco, sabié pas ço qu’èro devengudo aquelo famouso canteiris, revouluciounàri couneigudo dins noste pais coumtadin e foro si raro souto lou noum de La Bordas ; mais en publicant en 1906 lou meme article dins si Memòri e Raconte, èro liuen de l’ignoura, car l’ai visto, iéu, La Bordas, vers 1895, à Mount-Mirai, au galant païs dóu troubadour Rimbaud, en coumpagno, crese dóu majourau Jan Bayol e, n’en siéu segur, en aquelo… de Mistral.
Partejavo em’éu la presidènci de la taulado d’oste, e l’ausiguère à la fin dóu repas larga de sa voues de trounèire, sus la demando dóu Mèstre, aquéli cant descabestra que ié vauguèron un moumen d’encarna la Revoulucioun triounflanto.
Ere jouine alor, mai risiéu dou vèntre en alucant de galis la caro menèbro de quàuqui bourgés esquicha e tambèn d’autant de damoto devoutamen entresecado, rejo dins si courset estrechan, quouro la grando artisto estrementiguè lou veiriau de la taulo en entounant la Marsiheso !
Pèr la Marsiheso acò anè à pau près bèn. Au cant de la Pologne, li counvida inquièt reprenguèron alen :

Je suis la Pologne meurtrie
Je suis l’âme de la Patrie,
Je suis celle qui ne meurt pas.

Mai quouro, discretamen risèire, Mistral aguè demanda à la canteiris quàuqui coublet de La Canaille, e qu’elo, l’iue aluma, un bréu feroun, acoumencè :

Dans la vieille cité française
Existe une race de fer
Dont l’âme comme une fournaise
A de son feu bronzé la chair.
Tous ses fils naissent sur la paille,
Pour palais ils n’ont qu’un taudis :
C’est la canaille !
Eh bien ! j’en suis !

nòsti bourgés coustibla aguèron l’èr de senti la tibladuro de si braio o bèn aquéli de si courset, e, quouro leissè esclata aquelo estrofo :

Cet homme à la face terreuse,
Au corps maigre, à l’œil de hibou,
Au bras de fer, sa main nerveuse,
Qui, sortant d’on ne sait pas où,
Toujours avec esprit vous raille,
Se riant de votre mépris,
C’est la canaille
Eh bien ! j’en suis !

se, li meme, noun fuguèron vitimo de quauque acidènt naturau, ei que La Bordas, bono fiho, avié subran discretamen envouca l’ajudo dóu sant patroun de soun endré pèr quau avié un culte vertadié : lou grand sant Gènt qu’ei, coume cadun saup, lou garissièire pouderous di coulico e di mau de vèntre.
Es à pau près d’aquelo epoco que dato la dedicàci de sou bèu retra pèr Hébert que Mistral óufrigué à sa vesino de taulo de Mount-Mirai que tóuti podon legi sus uno paret de nosto Inguibertino, e que dis :

A nosto grando Mountelenco
A la Bordas
Que fai touti ploura
En cantant la patrio !

F. Mistral, 1898

Mai vejeici après soun escaufèstre di Teularié en fiò – mounte i darriéri paraulo de la Canaille, un Mountelen que se devinavo èstre lou paire de noste bon counfraire lou mantenèire A. Dampeine, la faguè estavani en cridant : Vivo Sant Gènt ! – ço que devenguè nosto estrambourdanto coumpatrioto.
Autamen presado pèr li groupamen revouluciounàri que, mai encaro que soun bèu talènt d’artisto, i’avien fa sa renoumado, pendènt uno vinteno d’an, autant que sa coumpagno Teresa qu’avié un reper- tòri à pau près parié, brihè coume uno estello sus li principau cafè-cantant de Franço e de la Capitalo.
Pièi, sentènt l’age veni e sa voues cala un brisoun, anè vièure bourgesamen dins un oustau qu’avié fa basti en terro argeriano. Mai, cade an, tournavo à soun païs nadau de Mountèu, se mesclava encaro un peu – reputation óublijo – i mouvemen pouliti d’avans-gardo tout en counservant au trefouns de soun cor soun amour inbrandable pèr lou pichot sant de soun vilajoun.
M’es esta counta que, quouro soun coumpatrioto Tetin Beraud, cousin de Clouvis Hugues, fuguè nouma deputa o senatour, se faguè à Mountéu un gran banquet demoucrati emé forço desplegamen de fanfaro tarabastouso e de bandiero que, meme un brisoun destencho pèr li plueio o li rai dóu souleias, n’avien pas – ah ! se n’en manco ! – la coulour rousenco d’uno aubo d’abriéu : La Bordas fuguè de la fèsto, èro i meióuri plaço de la taulo d’ounour, e, quouro ié demandèron de canta la Marsiheso, elo respoundeguè : ‘Vole bèn, mai eicito à Mountéu ço que devèn canta d’en proumiè ei lou Cantico de sant Gènt !’ E subran entounè :

A l’ounour de sant Gènt
Canten toutis ensen
Aquéu pïous cantico
Que canten sèns façoun,
L’istori magnifico
De si sàntis acioun.

I’ère pas, e lou Mountelen Coustoun, ancian oubrié de moun paire, que m’a counta aco, n’a pas pouscu m’assegura se quàuqui taulejaire roubinamen encoucourda n’avien pas à-n-aquéu moumen, coumè li counvida de Mount-Mirai e pèr de resoun d’ourigino inverso, senti craca la veto de si braio !…
Quouro pu tard la Martino, coume l’apelaven si coumpatrioto, coumprenguè que la Descarado la gueiravo, lèu-lèu passè la Mié-terragno, venguè demanda la retirado à si cousin de Mountéu, e, avans de s’ana jaire pèr plus se releva, vouguè faire uno pauseto i pèd de l’estatuo dóu sant qu’avié tant ama ; pièi aquelo radiero toco coumplido, l’amo rasserenado, i proumié jour de Jun 1901, barrè pasiblamen lis iue au soulèu de Prouvènço en disènt :

 ‘Sant Gènt, assousto-me !’

Sis eiretié que la couneissien bèn, noun fuguèron estouna de legi dins soun testamen que leissavo tout soun bèn à sa parentello à leva soun bracelet e soun coulié de perlo óufert pèr sis ami di groupamen pouliti.
L’eiretiero dou proumié èro la Santo-Vierge de la glèiso de Mountéu qu’avié presida à sa proumiero coumunioun, e lou legatàri dóu segound n’èro res autre que… sant Gènt.
Ço qu’escrive aqui es atesta pèr li journau dou tèms souto la signaturo de noste egrègi counfraire Jùli Veran, e pèr lou bulletin parrouquiau de Mountéu souto aquelo dóu curat-decan.
Es ansin que finiguè la grando canteiris revouluciounàri qu’avié tant de fes baia lou bato-cor au poupulas descadena, mai qu’au founs de son esse avié garda, coume en un relicàri, lou culte sèmpre ardènt pèr lou pichot sant de soun endré, lou grand patroun de nosto Prouvènço pacano.
E aro, pèr acaba, coume d’ùni dison à Mountéu : Que lou bon Diéu fague que noste grand Sant-Gènt ié baie l’eterne repaus ! … Ansin siegue !

L’ERMITAN DE FRESCATI  

Francis Jouve

 




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