ADG-Paris
 

La leçon de Musique

 
La leçon de Musique Content : La Leçon de Musique, scène du Barbier de Séville (Rossini)
Victor Hugo aimait-il la musique ?
Franz-Peter Schubert (1797-1828), musicien de Vienne
Franz Peter Schubert, Bicentenaire (1797-1997)
Robert Schumann (1810-1856), musicien de Zwickau
Richard Wagner, musicien de Meudon (1813-1883) & Stéphane Mallarmé
La Canso de Gasto Febus à Frédéric Mistral, Koiné lyrique ou voix d’un peuple
Gabriel Fauré (1845-1924) Musicien d'Ariège
Gabriel Fauré, musicien de Verlaine
Le dernier Concert de la Salle Gabriel Fauré
Rachmaninov, musicien d’Ivanovka
Tony Poncet, Ténor (1918-1979)
La Violetta du Siècle
Le chant du cygne (Schubert)
An die Musik (CD1, CD2)
Hommage à Yves Nat (1890 -1956)
Tourgueniev - Gounod - Mireille
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La Canso de Gasto Febus à Frédéric Mistral, Koiné lyrique ou voix d’un peuple

 

Les Chants du Pays de Foix

            A l’abri de leurs montagnes, assez étonnamment, et malgré l’œuvre d’un Gabriel Fauré dont ils constituent toujours la bouillonnante lave, les chants du Comté de Foix (Las cansos del Païs de Fouïch) ont échappé à toute tentative de vraie classification ou de précise restitution musicale, loin de cette Loi du Nord, que Simon de Montfort édicta pourtant de Pamiers (1er décembre 1212) et que ses barons — raison d’Etat obligeant et bénédiction des clercs à l’appui — appliquèrent par le fer et par le feu ; chants transmis et retransmis comme mots de passe de générations à générations dans un peuple connu pour sa dignité et un goût pour la liberté hautement exprimés en quelques brûlants moments de l’Histoire, Gasto Febus ayant très vite redonné aux vaincus de la Croisade albigeoise, l’espoir d’une indépendance nouvelle. Chants anciens, émouvants dans leur mystère car ils ne chantent pas le terroir bien qu’ayant circulé sur les voies du Midi, au son du luth ou du psaltérion ou dans les sillons de l’araire, etChants d’auteur, plus récents d’écriture, qui disent la Terre natale et qui ont pressenti que le Progrès détruisait non seulement les ours et les loups, mais pouvait également entraîner la disparition d’une langue (sinon d’un message) sciemment tue ou tuée :
quel crédit, en effet, accorder à la thèse universitaire d’Etat du Professeur-Recteur Michel Chevalier,  La vie humaine dans les Pyrénées ariégeoises, Paris 1956 (ouvrage décrété fondamental par l’historien Emmanuel Le Roy Ladurie, Normalien, agrégé de l’Université, Docteur d’Etat, Professeur au Collège de France, Directeur de la Bibliothèque nationale de France et compilateur de la bluette : Montaillou, village occitan (Gallimard), le “modeste historien” Le Roy Ladurie parfaitement illettré dans le domaine de la langue et de la littérature d’Oc, comme il le reconnaît d’ailleurs lui-même, non sans panache, dans sa lettre à nous adressée le 24 décembre 1982 ; thèse Chevalier publiée avec le concours du Ministère de l’Education nationale dans laquelle l’auteur nous apprend — entre autres gasconnades — que la célèbre devise du Comté de Foix : “Tocos-i se gausos !” (Touches-y si tu oses !) se traduit par “Touches-y si cela te plaît !”, alors que tout autochtone sait qu’il s’agit là de la fière réponse d’une petite bergère serrée de près par le Comte de Foix dans quelque coin de pâture ; thèse d’Etat reçue, cela va sans dire, avec les unanimes et très honorables félicitations de jurys sorbonnards en probable état d’hibernation lexicographique avancée (“Que le gascon y arrive si le François n’y peut aller”, s’insurgeait Michel de Montaigne !).

            Ou bien, encore, que déduire du décompte de ces “trente jours qui courent du 13 avril au 13 juin de l’an 1210”, ainsi qu’additionnés par ce Professeur de  Wallonie, soi-disant expert de la Croisade albigeoise et affecté à la Sorbonne pour y, prétendument, enseigner notre langue materne, opération mathématique à laisser sans voix l’ordinateur du Pr Stephen Hawking (Gonville & Caius, Cambridge) à défaut de n’importe quel jury des Certificats d’études primaires d’antan.

            Les registres latins de l’inquisiteur Jacques Fournier (né en 1285 à Canté, près Saverdun, Comté de Foix, et qui devint Pape en 1334 en Avignon sous le nom de Benoît XII) restant assez curieusement muets sur la position de l’Eglise officielle vis-à-vis des chants profanes en langue vernaculaire (ô Duvernoy !) parvenus jusqu’à nos jours tels que colportés par les troubadours, jongleurs ou autres Escrivans — dont l’Anonyme, auteur fuxéen de la 2e partie de la Chanson de la Croisade albigeoise — se risquera-t-on, cependant, à suggérer que derrière les paroles et les sons de la plupart de ces textes en langue vulgaire (ô Marrou-Davenson !) des plus anodins à la première écoute (La Jano ; Lé chot ; Aval, aval i’a uno pradèto) ou des plus connus (La Canso dels dalhairesLé Bouiè) ou des plus grandioses (Aquéros Mountanhos) se cachent en réalité sous-entendus et secrets qui ne réverbéraient écho que dans l’âme des bouviers ou dans celle des moissonneurs, car seuls les mots et les sons pouvaient s’opposer aux implacables déploiements de férocité animale des hommes de justice spirituelle (“comme on dit dans mon pays, où ne vaut la bénédiction, le bâton prévaudra”, ainsi parlait à Prouille, le 15 août 1217, Dominique, docteur espagnol né dans la vieille Castille, inventeur du rosaire, variante de l’abaque à sourates des Frères musulmans, prédicateur et fondateur de l’ordre des Frères prêcheurs, canonisé en 1234) tout en permettant de faire passer l’essentiel de la résistance désespérée des Purs face aux soudards de civilisations encore dans les crépuscules : mots simples ou sons naïfs, clés pour l’ouverture d’une pensée universelle destinée à construire une organisation sociale sans excessives rigueurs, à l’encontre des ribauderies ou césarismes de l’éternel moment.

            Comment, en effet, accepter de croire que la seule vérité sur les hérétiques soit celle construite à partir d’aveux extorqués aux condamnés de l’Inqui-sition, “Et il se pourrait que, sans elle, il n’y eût plus d’église catholique du tout aujourd’hui”, se réjouit le “bou n’i a” Jean Dutourd, de l’Académie française (France-Soir, 7-11-1998) reprenant allègrement à son compte les objurgations d’un Lothaire Segni, alias le pape Innocent III, dans son appel à la Chrétienté de 1208 : “Pas de pitié pour ces criminels, pires que les Sarrasins”, Lothaire Segni, ancien étudiant de l’université de Paris à laquelle, précise-t-il, “je dois tout ce que sais et tout ce que je vaux”. Propos sur lesquels renchérissent patriotiquement les historiens Ammann et Constant dans leurHistoire de l’Europe et de la France jusqu’en 1270 : “Louis IX fut un saint sur le trône, mais un saint français”, jugement qui provoquera la verte réplique (sous le chêne ?) d’un Louis-Ferdinand Céline, circulant, lui aussi, d’un château l’autre : “Saint Louis, la vache ! ... pire qu’Adolf le mec ! ... Ah ! Le Saint Louis ... canonisé, 1297 ! ... on en reparlera ! ...”.

            Ces condamnés de l’Inquisition livrés au supplice par des interrogateurs véhiculés dans les impedimenta (bagages) de Croisés venus du Nord sous les étendards d’une orthodoxie inexorablement transalpine, parfois transpyrénéenne (ô Simon, ô Dominique, ô Aquinas !), orthodoxie s’autosustentant d’incantatoires litanies indéfiniment psalmodiées par une foultitude de déterreurs de tablettes, de dérouleurs de papyrus, de détrousseurs de chartes, docteurs confortablement engoncés dans leurs chaires-cathèdres, ahanant à toussoter (ô Jobelin Bridé !) leur Histoire grégorianisée devant des adorateurs en soif de béatification qui, des Lieux Saints Dominicains à la Montagne Ste Geneviève (n’oublions pas ces Sessions d’histoire religieuse sises au Centre Dominicain de Fanjeaux, Sessions placées sous la haute autorité du Président de Paris-IV Sorbonne !), qui, des collines de Palestine aux platitudes des Flandres (n’ignorons pas l’Université Hébraïque de Jérusalem et son antenne occitanique du 16 rue de la Sorbonne !), qui, des vallonnements de Tübingen aux neiges du Fuji-Yama (n’omettons pas ces sections d’assaut, linguistiquement formées à la langue gasconne par Herr General Ernst Gamillscheg, avant d’être larguées sur la Haute-Ariège et de s’y trouver rapidement capturées pour insuffisance de prononciation locale, puis regroupées devant la gare de Saverdun, près Canté, Pays de Foix !), adorateurs qui se voient eux-mêmes, finalement, intronisés dans les rabelaisiennes “sorbonagreries” patentées de la rue des Ecoles, dans des Collèges à sauce un doigt béarnaise ou en des Centres Nationaux de Recherche Approximative (le fin’amors, kesako ?) ; tout ce mouvant magma inlassablement touillé par de vertigineux romanciers de gare à l’occitane, ou onéreusement “lifté” par de diplo-matiques esthéticiennes en manque de produits de beauté, qui s’acharnent à vouloir redonner au visage ridé du “catharisme”, un faciès des mieux véridiquement gnafronesque, afin de le mieux marionnetter, sans doute, entre les murailles de carton-pâte de châteaux-forts en mal de tertres, ou de le tympaniser dans les flonfloneries déchaînées par le trémulant bâton de quelque meneur de revue de moulin à galette, champion décoré de la note à son plat sans autre réelle portée que celle de gaver les oies du “Grrrrrand Théâtre” (Gabriel Fauré dixit) ou les canards de la halle aux grains et ce, pour le plus grand profit des “ululeurs d’église” (ainsi le Toulousain Pierre Garsias interpellait-il les Franciscains du ... chevalet) sinon d’autres godichonnants manieurs de croches, compositeurs de fortune, déposant leurs statuettes de glaise aux pieds d’une idole de Pierre.

            Toutes ces légions de redresseurs de conscience parfaitement incapables, bien sûr, de comprendre, de parler ou de chanter la langue dont ils dissertent, toutes et tous fac-similateurs de la “losange” (dénonciation calomnieuse) soigneusement recélée dans le manuscrit 4030 de la bibliothèque vaticane et telle qu’indulgemment duplicatée dans les officines de Robert de Sorbon, chapelain et confesseur de Louis IX, en des myriades de thèses, antithèses, saintes thèses en attente de “Nihil obstat”, pour la plus grande gloire de Saint-Frusquin ou, plus simplement, de Sainte- Anne (ô Dr Rouquet !) et qui en sont encore, au bout de sept siècles de fol’erranza (quantique soit-elle) ou, si l’on préfère le patois de la Somme, de douchereux errements (cantiques soient-ils), à louer les mérites d’une forme qui, en franc parler wallon, ne vaudrait “rien” ; ce qui justifierait ainsi pleinement, eschatologiquement sinon scatologiquement, la naturelle conclusion de l’auteur anonyme de la Vie de Ste Catherine, en patois picard, pour mieux marquer, à coup sûr et une fois pour toutes, le territoire de l’Occupant :

“E tout li kien de la contree
Pisseront sus ganbe levee.”

Ce message initial, initiatique pour d’aucuns, les derniers patoisants des campagnes profondes, ceux non ceints des lauriers d’un Certificat d’Etudes Primaires dûment estampillé par les Académies du Nord, (le duc de Lévis-Mirepoix, de l’Académie française, ne nous promettait-il pas, quelques semai-nes avant sa mort, d’essayer d’apprendre la langue d’Oc, celle des tenants de ses terres, autrefois confisquées au profit des beaux parleurs de la langue des Francs, ceux-là mêmes qui, selon Mauriac, de l’Académie française, tenaient la queue de la poële dans laquelle ils faisaient frire les produits du terroir), ces hérétiques mainteneurs d’un idiome que l’on flétrit du nom de patois, idiome parlé par les viticulteurs-éleveurs gascons du François de ciboire de la rue de la Source, en vérité une langue illustrée par plus de cinq cents troubadours, source absolue de la lyrique européenne (ô Bédier, ô Frappier, ô Legentil et tutti quanti !), une langue pratiquée par toute l’Europe du Sud, pendant des siècles, et, de nos jours encore, en toutes ses variétés dialectales romanes : Italien, Espagnol, Portugais, Catalan, Roumain, etc., et qui marqua, de la façon que l’on sait, la pensée de quelques idéologues Nurembergois (ces derniers n’avaient-ils pas projeté en 1944 — Wehrmacht à l’appui — de donner un Concert Exceptionnel entre les murailles mêmes de la forteresse de Montségur (Pays de Foix, 1207 m), Concert finalement abouti (kolossal jubilee s’il en fût !) en 1984, dans des conditions non moins exceptionnelles (voir Dépêche du Midi, 16-07-1984).

            Ce message initial, donc, initiatique pour certains, nous avons essayé de l’entendre, peut-être de le faire entendre, en cette restitution des chants d’une résistance vocale, toujours événementiellement de mise, même si, en les termes de Gabriel Fauré(élève de Saint-Saëns, lui-même élève de Gounod) : “des chansons populaires ne suffisent pas à créer un art musical national. Elles doivent en former la base, le substratum en quelque sorte. Il faut que des musiciens, de vrais musiciens, connaissant à fond leur métier et pourvus du don créateur, sachent s’en inspirer.” Gabriel Fauré qui, rendons-lui cette justice, resta toujours fidèle au camp de l’hérésie (en juin 1911, il présidait le Comité pour l’érection du Monument à Esclarmonde), Gabriel Fauré, qui, par ailleurs, ne manquait jamais d’assister aux réunions annuelles des Ariégeois de Paris où l’on parlait “patois” (le compositeur ariégeois n’ignorant rien de la langue de ses aïeux) et où l’on chantait à l’unisson le Arièjo, moun Païs, de Sabas Maury, curé de Varilhes, mais aussi le non moins célèbre quatrain montségurien, de toujours vivante actualité :

“L’autre joun la paouro Anno
Assiètado al pè del foc
La camiso rehussado
Andé ’l tchoul buffabo al foc...”

NEsclarmonda (Esclarmonde, en dialecte francilien), son nom est cité pour la première fois dans le poème du troubadour Guilhelm Montanhagol : Non an tan dig li primier trobador (Ils n’ont pas tout dit les premiers troubadours), vers dont on se divertira à lire les traductions ou interprétations proposées, urbi et orbi, par le Tout Philologie, puisque, à la suite des travaux du “savant” professeur P. T. Ricketts (Les Poésies de Guilhem de Montanhagol, “Pontifical” Institute of Mediaeval Studies, Toronto, Canada, 1964), l’Institut de Langue et Littérature d’Oc de la Faculté des Lettres de Paris devait, en 1978, la rappeler au premier plan de l’actualité philologique romane, en proposant l’étude de cette “tornade” à la sagacité de ses Escholiers sinon à celle de la nomenclatura du verbe, celle issue de l’orgasme d’Adam, dont il est loisible de parcourir une liste nominative, non exhaustive (Docteurs ès fol’amor et jongleurs de Notre-Dame joyeusement confondus en un interminable défilé derrière une Pompom girl de Croisade philologique) au terme du livre Tristan et Iseut (IMA-Press, Moscou, 1994) ouvrage dédié au professeur Jean Boutière, directeur-fondateur de l’Institut d’Etudes provençales et roumaines de la Faculté des Lettres de Paris, président-fondateur des Congrès internationaux de Langue et Littérature d’Oc, directeur de la collection Les Classiques d’Oc, Ed. Nizet, le Directeur Jean Boutière dont, “c’est évident”, on cherchera vainement le nom entre les murs ou dans les bibliographies dudit Institut !

NEsclarmonda, nous évoquions également ce nom lors de la communication : La Canso de Gasto Febus à Frédéric Mistral (Congrès FILLM, Aix-en-Provence, 1978, voir Acta), rappel, nous semblait-il, essentiel à l’élucidation du problème posé soit : “Koïnè” lyrique ou Voix d’un Peuple ?, réponse en serait-il à la buccinante déclaration du duc de Lévis- Mirepoix, de l’Académie française : “Certains pays ont ce que j’appellerai une clé musicale” (in Historia, novembre 1976 : Les Cathares contre la France), pré-monition ou ultime confession de ce Maréchal de la Foi (en attente de consolament ?) telle qu’il avait bien voulu nous en faire part dans sa dernière lettre datée de Léran (4 avril 1981) ; cette même communication au fil de laquelle nous avions essayé de montrer comment la monotonie envahissant les salles des châteaux (les “aubes” de Foulque de Marseille ne constituant pas exception à la règle), maint troubadour brava châtiment pour avoir osé entrevoir lueur de vie dans les naïves spontanéités de bourrées ou de réménilles célébrant l’éclosion du printemps dans les bois et dans les cœurs, loin des obscures clartés du byzantinisme à la vogue rapportées de parallèles sinon d’aussi meurtrières croisades ; lueur de vie ou lueur d’amour total, synonymes d’une vérité, indicible essentiel, ne pouvant triompher que dans l’évidence partagée, en ce sens qu’elle est unique et infiniment multiple, issue de constatation et non de persuasion, tellement cherchée, si rarement entrevue, exigeant que l’on oublie tout pour se mieux souvenir, en un mot, seule à éclairer le monde, seule à briller plus intensément que les premiers bûchers crématoires de l’Europe monothéiste civilisée, c’est-à-dire, et dans notre langue : N’Esclarmonda.

L108e Congrès des Sociétés Savantes (Grenoble, avril 1983) devait nous permettre d’aborder aux Iles d’Or (Lis Isclo d’Or) du domaine provençal, celui de Frédéric Mistral qui, pas plus que les Félibres, n’avait oublié “Esclarmonde, l’astre de Montségur”, comme il se plaisait homériquement à l’épithéter.


Les Chants des Félibres

            “Lou soulèu me fai canta” (le soleil me fait chanter) aimait à répéter Frédéric Mistral au peintre-musicien Bonaventure Laurens qui venait de parachever son portrait — il avait également signé celui de Gounod — tout en insistant sur l’importance de la lumière et de la musique au départ de son inspiration lyrique ; le peintre qui, de son côté, déplorait l’absence d’un piano à Maillane, instrument qui aurait permis d’accompagner RoumanilleAubanelSeguin et d’autres, sans oublier Charloun Rieu et Frédéric Mistral, bien sûr, lorsqu’ils entonnaient, avec allant, la Chanson de Magali ou d’autres perles du terroir d’Oc. Car Mistral, en personne, y allait de sa voix “chaude et musicale”, plus tard “parfois lointaine, mystérieuse et voilée”, soit pour chanter la Coupo, tel un “grand prêtre officiant devant la foule des fidèles qui reprenaient en chœur les répons”, soit pour répéter le refrain de la chanson gaillarde que Félix Gras avait consacrée au Pape Clément V, soit encore pour détailler les couplets grivois des Maillanais visant les Saint-Roumiérens :

La farandoulo de Trenco-Taio,
Li gènt soun tóuti de canaio !
La farandoulo de Sant-Roumié,
Tóuti li gènt pisson au lié !

que Mistral traduit malicieusement ainsi :
“La farandole de Trinquetaille,
Tous les danseurs sont des canailles!
La farandole de Saint-Rémy,
Une salade de pissenlits !”,

ou les appréciations comparatives décochées à l’adresse des filles de Valence (li Fiho de Valenço sabon pas fai l’amour, li de Prouvènço lou fan la niue, lou jour) ou à l’endroit des demoiselles d’Avignon, ville où l’on s’amuse si bien. On n’a pas oublié l’anecdote d’Alphonse Daudet juché sur l’étroit parapet du Pont et terrifiant le bourgeois qui passait d’un tonitruant : “C’est ici que nous avons noyé le Maréchal Brune !”, ce même Daudet qui, croisant une noce sur le pont de Trinquetaille, avait parié qu’il allait embrasser la mariée. Sitôt dit, sitôt fait ! mais l’affaire faillit mal tourner : “Au Rhône les marauds ! au Rhône !”, s’écriaient aussitôt vingt garçons d’honneur, le poing levé en direction d’Alphonse et de ... Frédéric, son compère d’émoustille.

            A la table provençale, Denis Poullinet, l’un de ses proches, rapporte que Frédéric contait mille merveilles mais qu’il aimait imposer ses chansons préférées : Les Célibataires, créée pour la noce de Ranquet, ou la Chanson des Conscrits, petites polissonneries n’entachant en rien les complaintes ou cantiques retenus avec ferveur parce que rapportés par Madame Mistral-mère des pèlerinages de Sant Gènt, des Saintes Maries ou plus simplement de Graveson.

            Dans un registre non moins émouvant, Mistral, poète patriote de l’Occitanie, allait à ce lyrisme atavique, à ces particularités du Peuple du Grand Sud dont la Chanson de la Croisade albigeoise constituait, disait-il, la “Bible de notre nationalité”, exactement comme il voyait dans les chansons volantes les “feuillets détachés” du Nouveau Testament de cette Bible, feuillets dont il n’hésitait pas à accroître le nombre, aidé en cela par ses amis ès Félibrige, puisqu’il assignait à ses chansons un rôle dans ses doctrines et son combat. Car Mistral n’avait pas oublié, non plus, sa première rencontre au Café dóu Soulèu avec Rosa Bordas, la Mountelenco, chanteuse à qui il consacre un chapitre entier dans ses Memòri e Raconte (Mémoires et récits), la Montelaise qui ne lui créa, pourtant, ni la Coutigo, ni ses autres chansons, ni, bien sûr, Mirèio.

Enfin Mirèio vint ...

            “Mais, Maître, elle ne pourra jamais chanter cela !”, s’exclama Saint-Saëns, effrayé par les moyens vocaux exigés d’une Miolan-Carvalho pour détailler l’air de la Crau dans la version initiale de Mireille ; à quoi Gounod rétorqua : “il faudra bien qu’elle le chante, en ouvrant démesurément des yeux terribles ...”

            On sait comment le critique Scudo reprocha au compositeur de Faust, un voyage “inutile” en Provence. Le 23 mars 1863, Gounod s’était discrètement installé sous le nom de Monsieur Pépin à l’hôtel Ville Verte de Saint-Rémy aidé en cela par l’organiste Monsieur Iltis, directeur de l’Orphéon, puisque Mistral à qui il avait demandé la permission de mettre Mireille en musique, l’avait encouragé : “vous êtes venu au monde pour découvrir la Provence ... Vous le tenez votre Opéra !” Gounod fit donc le voyage “inutile” en Provence, tandis que la partition de Mireille rouvrait le débat d’une musique dont la franchise mélodique et les élégances harmoniques qui endimanchaient la petite paysanne naïve du Mas du Juge, loin des emphases lyriques des soubrettes et marquises du XVIIIe siècle ou des héroïnes romantiques qui leur succédèrent, ne pouvait, pas plus, déboucher sur les French cancans à la mode d’Offenbach.

Gounod se rendait souvent à Maillane, lisait à Mistral le libretto que Michel Carré avait tiré de Mirèio (“il en est ému, il pleure ...”), se transportait jusqu’à Nîmes pour retenir un piano chez le facteur Dumas, le faisait hisser dans sa chambre du 2e étage à Ville Verte, achetait un tabouret pliant, du papier à musique, s’attardait de longues heures au vallon de Sant-Clergue (“j’étais littéralement grisé de joie ; les motifs me venaient à l’esprit comme des vols de papillons, je n’avais qu’à étendre les bras pour les attraper”), parcourait les chemins du mas du Peyrou, du mas de Gros, du mas du Juge, du mas Chastuel,  escaladait les escarpements des Baux, atteignait enfin les Saintes-Maries de la Mer pour y mieux retrouver l’héroïne qui venait de traverser à pied “la vaste plaine et le désert de feu” de cette Crau qui, à prime audition, alarma tant Camille Saint-Saëns, sinon tel conducteur d’orchestre de plus récente date, ignorant les cailloux de cette même Crau dans l’air climatisé de quelque Mercédès (ô Mirella !).

Le professeur Saint-Gor, qui avait fièrement déclaré au micro de la Faculté des Lettres d’Aix pour le Centenaire deMireille, 1959 : “la littérature n’est pas mon fort ni mon domaine” (Monfort soit qui mal y pense !) avant de publier trois quatrains desséchés par la contemplation du désert de la Crau, plus six quatrains d’alexandrins pour couronner la montagne Sainte-Victoire, probable panache d’une carrière scientifico-littéraire si brillamment refourbie par ses biographes liégeois en 1270 pages de Mélanges, que ceux-ci éclipsent l’arôme de la Sévigné que l’on sait : “on nous mande que les Minimes de notre Provence ont dédié une thèse au Roi, où ils le comparent à Dieu, mais où l’on voit clairement que Dieu n’est que de la copie”, le professeur Saint-Gor, donc, également connu sous l’appellation de “Marc-Antòni l’oouriginaou”, selon la définition du lexicographe J. T. Avril (Dictionnaire Provençal-Français, Apt, 1839), depuis qu’il avait découvert que l’illustre auteur de la Vie de Marius était (“c’est évident”) le non moins célèbre amant de Madame de Sade, ultime révélation dont on goûtera la galéjadante historicité dans la France Latine (n° 75/76), la très officielle Revue du 16 rue de la Sorbonne et ce, avant d’affirmer d’une plume prosaïquement sèche que, à sa connaissance, “il n’y a pas eu de représentation d’une Mirèio en Provençal à Marseille en 1914. Tous les ouvrages que j’ai consultés et les souvenirs des Félibres qui ont connu Mistral, etc.”, ainsi donc, le directeur Saint-Gor, Auguste César, s’était montré formel, formellissime dans ses scientifiques dénégations (lettre du 13 février 1978), ces dernières vigoureusement confortées, du reste, par la Thésière en exercice (lettre du 16 février 1978), elle-même catéchétique productrice d’un catalogue de 660 pages de logorrhée jonglaro-troubadouresque (1170 gr au peson de la boucherie Notre-Dame), laborieux égrenage de couplets sans musique, pour mieux illustrer sans doute le médiéval distique : 
“Cobla ses so es en aissi, co’l moles que aigua non a” (un couplet sans musique est un moulin sans eau)
Dau, dau, tambourin, boutas vous en trin !

            Non moins formelle, pourtant, s’était montrée la presse de Marseille, en l’occurrence le Petit Marseillais du 11 juillet 1914 qui titrait : “C’est ce soir, à 8 h 15, que nous assisterons à une grandiose manifestation artistique, au théâtre de plein air d’Athéna-Niké. Pour permettre à Gounod de composer les pages immortelles de Mireille, Michel Carré écrivit son livret d’opéra d’après le poème provençal de Frédéric Mistral. C’est le livret de Michel Carré que viennent de traduire en Provençal, avec un réel bonheur, Messieurs Pascal Cros et Jean Monné. L’interprétation du chef-d’œuvre de Gounod a été confiée à des artistes d’élite, tous Provençaux. Ce sont, l’excellent ténor Martel, qui nous revient du Théâtre de la Monnaie ; l’éminent artiste Marcel Boudouresque qui triompha de nouveau, il y a quelques jours à peine, à l’Opéra-Comique ; l’exquise Maryse Récam, de l’Opéra-Comique, elle aussi, dont l’organe s’est développé de façon étonnante ; le superbe baryton, M. Janaur, qui obtint, à son passage à l’Opéra Khédivial du Caire de nombreux triomphes ; la charmante dugazon de l’Opéra municipal de Marseille, Mademoiselle Michaël, enfin Mesdemoiselles Lise Pierson et Marcelle Nicolas et Messieurs Berton et Rivet.

            75 choristes des Concerts Classiques et de l’Athéna-Niké, forment avec l’orchestre de l’Opéra municipal, un cadre imposant, que dirigera habilement Monsieur F. Rey ...”

            Et le journal d’ajouter : “Les Lecteurs du agiront sagement en s’assurant de leurs places et de leurs tickets de tramways spéciaux, au bureau de location de l’opéra municipal, rue Molière (Tél. 3.58).” Louer sa place, oui, mais dans quelle langue la retenir au téléphone, à lire la publicité du 9 juillet, faite sous forme d’un dialogue en provençal pour le demandeur de Ventabren,en français pour la locationnaire qui finit par dire : “Flûte ! Monsieur, quand on parle une langue étrangère on se fait accompagner au téléphone par un interprète... Je vous salue” ; et le demandeur de conclure : “Aquelo empego ! Parei que sian d’estrangié à Ventabren !” (Cette empoissée, il paraît qu’on est des étrangers à Ventabren !). Et c’était en 1914 ! constate Paul Nougier, directeur du Rampau d’óulivié, qui nous rapporte cette belle histoire (lettre du 17 octobre 1978).

            Le 13 juillet 1914, ce même Petit Marseillais triomphait : “Mirèio, l’opéra comique de Gounod, est chanté pour le première fois en langue provençale avec un très vif succès.
Ce fut bien, très bien même. Certains avaient accueilli avec scepticisme cette initiative : la représentation en provençal d’un opéra comique d’origine essentiellement provençale. Or, il se trouve que l’événement a dissipé leur crainte. Mirèio, interprétée par des chanteurs de chez nous, s’exprimant dans notre harmonieux idiome, a obtenu un vif succès auprès du public excessivement nombreux qui emplissait, samedi soir, le vaste amphithéâtre d’Athéna-Niké. La traduction du libretto français, confiée aux bons poètes provençaux Pascal Cros et Jean Monné, dont le premier est notre collaborateur et ami en ce journal, permit la réalisation d’une œuvre originale. Et la langue de Provence, qui est, comme on le sait, d’essence délicieusement musicale, ajouta son charme à la musique de Gounod.” Et le Petit Marseillais de conclure, mi-figue (de la Sorgue ?), mi-raisin (de la Crau ?) : “La tâche de réunir des artistes du chant possédant l’accent provençal était, on l’avouera, plutôt difficile, les interprètes, à vrai dire, ne parlaient point tous en perfection le parler du peuple paysan de Crau ou de Camargue. Aux uns, on tint compte de leur application qui fut, le plus souvent, heureuse ; aux autres, de leur naturelle aisance dans un parler qui n’est pas précisément celui des opéras comiques. Mirèio en provençal, consacrée par le succès sur une scène de plein air d’une si haute réputation, n’avait plus qu’à prendre le chemin d’Arles : c’est ce qu’elle a fait hier. Et ça a été un chemin de victoire.”

            Non moins formelle, enfin, sera la presse d’Arles du 14 juillet 1914, au lendemain de la représentation de Mirèio, où l’on pouvait lire : “l’orchestre  accorde ses instruments pour la représentation de Mirèio, la Mireille de Gounod, dont le livret a été traduit pour la circonstance en provençal. La traduction que Monsieur Pascal Cros, félibre marseillais, a faite du livret, a-t-elle eu pour résultat de donner au moins une apparence provençale à cette œuvre sans caractère provençal ? Je crains bien que non et qu’il faille seulement louer l’intention pieuse du traducteur ... Lorsqu’il fut question de la traduction de Mireille, Madame Mistral déclara très catégoriquement qu’elle n’autoriserait la représentation, en ce qui la concernait, que si la traduction était faite en pure langue rhodanienne. L’engagement fut pris et son observation placée sous le contrôle de Monsieur Jean Monné, Majoral du Félibrige. Que s’est-il passé ? Je l’ignore, mais à l’audition nous avons constaté que les vocables marseillais, le patois marseillais en honneur jadis (la Sartan) pullulaient dans l’oeuvre de Monsieur Cros. La maison n’était pas l’oustau mais la meisoun, ce qui n’a jamais été provençal et ne constitue qu’un exemple entre mille ...” Et Jean du Comtat de regretter : “Et dire que l’on eût pu, pour le dialogue au moins, puiser à pleines mains dans le texte même du poème mistralien ! Fort heureusement la brise dispersa rapidement et escamota, en grande partie, la partie parlée de la pièce et les mélodies de Gounod firent passer le reste sans trop de difficulté” ; tandis que Falco de Baroncelli, lançant, à poignées, des vers à l’immense foule, s’écriait, vengeur : “Vengue li jouino chato !” (A nous, les jeunes filles !). Ne célébrait-on pas en Arles, la Festo Vierginenco ?

            Tous ces remugles amenant “Parlo Soulet” (le Félibre Louis Gros, d’Avignon) à constater, quelques années plus tard (Le Provençal, 1er février 1950 : A propos de la version en provençal de Jean Monné) qu’il existe du livret de Michel Carré deux adaptations en provençal qui se peuvent chanter parfaitement sur la musique de Gounod. La première est de Raoul de Candolle, la seconde de Jean Monné qui fut Félibre Majoral ... Parlo Soulet qui, dans le même article, souhaitait confier la mise en scène d’uneMirèio en provençal à Marceau Pierboni, Sant-Roumieren d’origine et d’esprit et “régisseur dont nous savons qu’il aime cet ouvrage, le comprend et le peut monter en mettant là, lui aussi, son âme de mistralien ...”

            Marceau Pierboni (lettre du 26 octobre 1979) nuancera en conséquence : “A ma connaissance, il n’existe aucune trace de la version provençale de Jean Monné. Léon Bancal, ancien Directeur (décédé) du quotidien Le Provençal, petit-fils de Jean Monné, interrogé à se sujet par un de mes amis s’intéressant à la question, avait déclaré à celui-ci, avec regret, n’avoir pu découvrir en dépit de patientes recherches, ce manuscrit dans les nombreux papiers de son grand-père, sa surprise aussi, car il n’est pas douteux qu’il y eut plusieurs copies utilisées obligatoirement à l’époque pour la mise à l’étude de l’ouvrage ... Peut-être savez-vous qu’avant cette version due à Jean Monné (la part de Pascal Cros dans ce travail est pratiquement inexistante), deux autres versions dont on a peu parlé avaient vu le jour. La première fut l’œuvre d’un érudit Saint-Rémois, Adolphe Michel qui avait fréquenté Gounod lors de son séjour à Saint-Rémy, ce poète qui mourut en 1904 avait réalisé son travail sur la version originale de Mireille, qu’il avait transcrite entièrement. La seconde version est du Félibre Ravous de Candolo, mort à Aix en 1915. Il ne reste guère plus de traces de ces deux-là que de celle qui nous occupe (N.d.l.r. : M. Marcel Bonnet, Félibre Majoral, nous avait assuré toutefois, dans sa lettre du 20 janvier 1978, qu’il était en possession du manuscrit de la traduction du libretto de Mireille, en provençal, faite par Adolphe Michel, manuscrit qui lui a été remis par la petite-fille d’Adolphe Michel).

            Peut-être pourrait-on essayer de trouver une explication à cette carence. Il est curieux, d’une part, que la veuve de Frédéric Mistral dont on connaît la farouche intransigeance, ait permis non seulement l’adaptation mais aussi la représentation d’uneMireille autre que celle acceptée par le Maître. D’autre part, il serait surprenant que Michel Carré, auteur du libretto et, surtout, l’éditeur Paul Choudens n’aient pas eu leur mot à dire en cette circonstance. Il est possible que dans l’esprit de l’une comme des autres, la représentation (peut-être d’essai) à Marseille et celle “rituelle”, dirons-nous, d’Arles, ne devaient pas avoir de lendemain ...”

Le 19 mars 1864 — Camille Saint-Saëns l’avait prédit — nonobstant la présence de Frédéric Mistral, Madame Miolan-Carvalho s’étouffa dans l’air de la Crau (elle était pourtant née à Marseille !) et bien qu’ayant pris, au préalable, la précaution d’envoyer du papier bleu au compositeur pour l’obliger à retirer ces “vociférations”. Elle avait également exigé une valse-ariette : “légères hirondelles” qui, seule, souleva un tonnerre d’applaudissements lors de la création de l’œuvre, provoquant ainsi le : “vous avez toujours raison !” d’un Charles Gounod désabusé au Directeur Carvalho, plastronnant (il était natif de l’île de France).

            La presse de 1864 n’en parla pas moins de “berquinade”, de musique “délayée et décolorée”, de “Sur le Pont d’Avignon, on y crève, on y crève...”. S’étonnera-t-on, alors que Mistral qui avait autorisé l’œuvre (il avait pleuré à Maillane — on se le rappelle — lorsque Gounod lui avait lu le libretto français de Michel Carré) se plaigne à son tour : “on m’a abîmé, écorché, défiguré, etc.”, admettant toutefois que cela lui avait valu de “jolis droits d’auteur.” Quant aux Félibres (les mainteneurs de la langue provençale, admirée de Lamartine et qui valut à Mistral un prix Nobel de Littérature, en 1904) ils firent la moue : “Empachan pas d’amira la Mireille de Gounod, chacun soun goust.” (Nous n’empêchons pas d’admirer la Mireille de Gounod, à chacun son goût), Bonaventure Laurens ayant déjà, de son côté, prévenu Mistral : “Nous, Provençaux, nous voudrions même, qu’avant tout, les personnages (de l’opéra) parlassent la langue de votre poème et non pas le Français.”

            Et chacun de choisir son camp, des Cours d’Aix-en-Provence jusques aux fins fonds de l’Europe, aux limites mêmes de cet Empèri dóu Soulèu (Empire du Soleil) le grand rêve du Poète de Maillane, la Roumanie en l’occurrence, puisque Vasile Alessandri, le poète roumain, s’était vu décerner le Grand Prix aux Jeux Floraux du Félibrige (Montpellier, 25 mai 1878) tandis que vingt et un députés roumains signaient un télégramme invitant leurs “frères latins” à se rendre à Bucarest. Ronsard n’avait-il pas, lui-même, obtenu aux Jeux Floraux de Toulouse, en 1580, la statuette d’argent pour une pièce dans laquelle il chantait son aïeul Banul Mârâcinâ, accouru des bords du Danube pour porter secours à “France, mère des arts, des armes et des lois”, inaugurant ainsi une continuité historique (Nerto, de Mistral, est dédiée à sa gracieuse Majesté la Reine Elisabeth de Roumanie, maîtresse ès Jeux Floraux) non désavouée par l’Université (le Professeur Boutière était, nous l’avons vu, Directeur de l’Institut d’Etudes provençales et roumaines de la Sorbonne) ou par l’Art lyrique, puisque Mirèio devait trouver consécration sur le plateau de l’Opéra d’Etat Roumain (voir l’Histoire du Félibrige du Capoulié René Jouveau, ouvrage couronné par l’Académie française) lors du Concert Exceptionnel de la cantatrice-pianiste concertiste Monsegur Vaillant rendant à Mirèio, dans le pur parler rhodanien, cet habit de lumière dont elle avait paré, quelques jours plus tôt, la “Violetta” de Verdi (Opéra d’Etat Magyar) tout comme, ou presque, la Traviata de Verdi avait remplacé à l’affiche du Théâtre Lyrique, à Paris, le 27 octobre 1864, la Mireille de Gounod.

            Laisserons-nous Frédéric Mistral, scander l’accord final :

            “Mirèio, un bèu matin, cantavo
Mèstre Gounod que l’escoutavo
Aprenguè sa cansoun de cor
E desempièi canton d’acord."

CLAUDE D’ESPLAS
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Lettres Provençales de Créance

Gramaci per quéli cant de Mirèio deliciousament canta e ben traduit din nosto bello lingue ... E talamen rare de trouva de bravi gens qué s’enteresson i Paisan que parloun Prouvençau fouge moumé autour dou Mas dou Juge.
A. Cornillon (Mas Chastuel, Maiano, 1980)

Aquéu disque persounifio entiaramen nosto bello Prouvenço! De tout cor, bèn gramaci.
Claude Bellin (Pouèto, Nebout de Charloun Rieu, Lou Paradou, 1980)

Parlarai, d’en proumié, d’un disque qu’ai reçaupu i’a quàuqui jour, qu’ai escouta e qu’ai trouva galant. S’agis, d’un coustat, de tros de la Mirèio de Gounod canta en Prouvençau pèr uno voues de femo magnifico. Coume dis moun grand dins
sa cansoun : voudrias bessai saupre soun noum e me lou faire dire ...

Reinié Jouveau, Capoulié e Istourian dóu Felibrige (Courrier d’Aix, 1980)

Qunto voues ... n’en sièu dins l’amiracioun d’aquelo voues divino que saup tant bèn se mescla ’mé la musico, per canta la Prouvènço.
A. Tessier (Istourian de la Cansoun Prouvençalo, Avignoun, 1980)

Les disques Mirèio et les Chants des Félibres sont vraiment magnifiques. J’en ai été émerveillée. La souplesse et la spontanéité de la voix est surprenante. Cela nous redonne tout d’un coup la connaissance de ce que c’est que le bonheur, et l’amour, et le soleil. C’est vraiment une chose rarissime.
Musée Tourguenev, Orel, Russie, La Directrice, 1980

La voix de la chanteuse est extraordinaire ! Que de nuances ! Quelle articulation !
Abbé Paul Benson, Curé de Maillane, 1980

Je viens de recevoir deux disques les plus merveilleux et je vous en remercie de tout coeur ... Je voudrais entendre au crépuscule ou à l’aube, dans la Crau, devant les Alpilles, ces airs enregistrés ... 
Professeur Fujio Suguy, Université de Tokyo, Prix Aubanel, traducteur de Mirèio en japonais, 1980

“C’est à l’occasion du Cent-cinquantenaire de Frédéric Mistral, en 1980, que, dans la traduction du livret de M. Carré par Claude d’Esplas, la Mirèio de Gounod fut créée en Provençal et chantée par la charmante et talentueuse Monsegur Vaillant s’accompagnant elle-même dans la scène et l’air de la Crau sur le plateau de l’Opéra de Cluj-Napoca, le 15 novembre 1982."
Histoire du Félibrige, de René Jouveau, 1984

C’est avec un très vif plaisir que j’ai écouté cette interprétation magistrale de Monsegur Vaillant.
Jean-François Delmas, Conservateur de la Bibliothèque Inguimbertine, 2004

Gisello Monsegur Vaillant canto coume un aucèu e ço que se devino tant rare vuei, se coumprèn ço que canto. Uno voues mai tambèn uno dicioun de Diéu ! Osco e gramaci.
Peireto Berengier , Majouralo dóu Felibrige, 2004.

Gramaci, de tout cor, gramaci e coumplimen à Monsegur Vaillant pèr sa belle voues que fai ounour à Mistral. Fidelamen..
Pèire Fabre, Capoulié du Félibrige, 2004

 

 
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