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Tristan & Iseut de Bayreuth à Monsegur

 
Tristan & Iseut de Bayreuth à Monsegur Content : La légende de Tristan
L’histoire de Tristan : essai de reconstruction
La légende et l'histoire
Le Tristran de Béroul
Le Tristan de Thomas
Le Tristan de Gottfried von Strassburg
L’Ur Tristan
Le Tristan und Isolde de Richard Wagner
Concours de chant des Isolde (Mild und Leise / Liebestod / Tristan & Iseut / Richard Wagner)
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Conseils d'en-Haut pour l'explication de textes (classes de 4e ou de 3e) : “The Daffodils” (Les Narcisses des Prés), de Wordsworth, qui vécut à Grasmere (Dove Cottage) de 1799 à 1808.

 

1963

            Nous utiliserons la « méthode directe » ou active. C'est volontairement que les programmes (J.O. du 17 avril 1942) assurent une plus large place aux morceaux choisis qu'on aura reliés entre eux par le moyen de bonnes traductions (par exemple celle de la collection La Galaxie) dont l'usage en classe sera naturellement interdit. Le professeur procédera selon l'excellente méthode de Socrate, c'est-à-dire celle des questions sous la toge, etc. Le principe directeur du schéma de la classe doit être le souci de variété et la volonté de ne pas fatiguer l'enseigné. On réglera donc sa montre : d'abord, 2 minutes 30 de phonétique (le phonographe n'étant utilisé qu'avec la plus grande discrétion) ou 1 ou 2 sons par séance. Puis l'interrogation sur la leçon du jour (7 minutes) ; puis la lecture expliquée d'un texte (30 minutes) avec élucidation du sens littéral suivi d'un commentaire humain, littéraire et moral. Quelques renseignements autobiographiques précis sur l'auteur suffiront à la démonstration. Par ex., Shelley aurait eu un enfant de sa belle-sœur Claire ; Hemingway Ernest rencontra au “Jockey” une belle noire en manteau de castor avec rien dessous : Joséphine Baker ; Hemingway, encore lui, se vantait d'avoir fauté avec Mata Hari ; Hemingway, toujours lui, se disait le “directeur de conscience” de Dietrich Marlène qu'il appelait “the Kraut” et dont la sœur aurait travaillé dans un camp de concentration ; Hemingway aurait aussi, paraît-il, essayé de traduire Le Vieil Homme et la Mer de ... l'Académicien Monsieur Jourdain ; Thomas Hardy, au cours de ses 84 ans d'activité sexuelle, eut un fils de sa nièce âgée de 17 ans ; il faisait de l'eau tout en marchant, et, à 74 ans, épousa Florence (35 ans) etc. Enfin, chaque élève traduira une seule phrase (sauf pour Thomas Mann ou Proust, bien sûr) avant de recopier sur son cahier quelques notes peu abondantes. Un peu de grammaire en français détendra la classe.

            The Daffodils (suite) : méthodologie — On dessinera au tableau un narcisse des prés qu'on aura apporté à la saison idoine ; on en indiquera la couleur. On précisera que Wordsworth, l'auteur, est né en 1770 et est mort en 1850. Le professeur lira le poème avec « tout l'art » dont il est capable, en exprimant un immense sentiment de gaîté (par exemple, Fernandel lisant l'annuaire du téléphone). Les allitérations marquent le bondissement, la joie ; la vraie morale du poème est toute dans ce “troisième œil”, synonyme de totale béatitude à la Dalaï Lama sur les hautes cimes du Tibet. L'élève ira ainsi déjeuner le cœur empli de sérénité et les lunettes soigneusement rangées en leur étui, prêt à attaquer sa macédoine de légumes ou son céleri-rémoulade.

            Jeudi 10 janvier — M. Orgon, à qui je demandais son avis sur Miss France et l'Instruction Publique, s'emballe tout de go, fulmine, tonitrue contre l'article signé par quatorze de ses collègues. « On sait bien ce que sont les jurys d'élection de reines de beauté : des concours de fesses ! », m'assène-t-il en me fusillant de son regard de taureau. Pense-t-il à son épouse ou à son fils (très, très timide, qui ne tient pas du tout de son père qui, lui, aimait la difficulté orale, ce qui lui permit de remonter 227 places au Grand Concours) ; tout cela éructé avec un gros accent qui ronge les mots comme on rorogne l'os d'une cuisse d'oie (ôô Toulouzóoo !). Je pousse une ultime remarque : une jolie femme de l'Antiquité se serait, dit-on, entièrement dévoilée pour désarmer la justice. Cocteau n'a-t-il pas parlé des privilèges de la beauté ? Peut-on négliger la tunique de chair ? Il me porte la botte du rayonnement spirituel, se fige, se dresse, les crocs sortis, puis choit, gros plantigrade, penaud et triste, humilié et grimaçant. Il marche l'amble, atteint la porte, se retourne et me jette : « vous êtes un humoriste ! ». M. Orgon a écrit une savante monographie sur ... Les Femmes Savantes.

            Samedi 12 janvier — Monsieur Orgon esquisse un bonjour inquiet depuis l'autre bout de la salle des professeurs. Ne lui avais-je pas refilé le nom d'un bon boucher entre le Lycée et la bouche du métro ? Madame Cléonice planche déjà devant un problème de mathématiques mais lève la tête pour me signaler un étalage de livres d'art, Editions X, que son époux, VRP, s'efforce de débiter dans la circonscription d'Amiens : « il faut bien gagner sa croûte ! », précise-t-elle. Une phrase aussi vulgaire jure sur d'aussi jolies lèvres. Mme Cléonice est une reine de beauté qui offre de montrer des nus de sa silhouette (pris dans l'Ile de Sardaigne) à de vrais appréciateurs.

            Dimanche 24 février — Boulevard Raspail, au café-tabac à l'angle Quinet, l'agrégé de philosophie Sartre, de gris vêtu, déjeune avec une femme, ni jeune ni belle, ni riche ni pauvre, ni sympathique ni antipathique, portant à la main gauche une large alliance de métal blanc et la tête enturbannée d'une toque d'un halo noir distingué. Survient un barbon à crinière suivi d'une demoiselle falote. Ils tendent la main au couple qui s'enquiert de la santé de l'homme. « C'est emmerdant ! », constate le philosophe qui saute de « oui » en « oui » pointus comme des cailloux de gave tandis que Simone accompagne ses propos de son fausset irritant ... Puis les deux agrégés de philosophie réenchaînent leur discours, très platoniquement proches l'un de l'autre. « Pas fiers, pas fiers du tout ! », murmure le garçon à un couple qui a bien reconnu la petite Simone mignonne et son Paulo-Paulo.

            13 juin — Oraux du baccalauréat, lycée Victor Laïque. Dans la cour, sous l'averse, parfum des tilleuls. Dans un couloir, plaque-souvenir au vainqueur de la Marne qui avait installé, là, son G.Q.G. Lors des interrogations, deux gaillards lustrés et la panse arrondie de quelque bon chapon, en provenance de J.-B. Rousseau, tentent de m'expliquer en leur patois semi-mondain que leurs études de langue anglaise ne sont pas ..., que leur professeur ..., que ça n'est pas leur faute si ... Mais leurs petits yeux plissés derrière de grasses pommettes m'avaient déjà averti ... Justice leur sera rendue.

            26 juin — A la distribution des Palmes au lycée Méliès, le Proviseur prend sa retraite, épaules soudainement affaissées. La Directrice prend un an de congé sabbatique. La pionicaillerie à l'âge semi-tendre entrelace bras et jambes, craignant de se perdre à jamais. Le crâne lisse et rouge du Président des Parents d'élèves se ride. Le Bordelais redemande du vin d'Alsace et froisse dans sa poche sa nouvelle nomination.

            Jeudi 27 juin — D'un lointain cousin en poste à Maripasoula : « Des conseils de classe, il ressort que les classes de 6e sont » — c'est le Proviseur qui parle — « de vrais asiles de vieillards, puisque la moyenne d'âge est de quatorze saisons des pluies. En classe de quatrième, il y a des mères de famille ... »

            A Cayenne, un juge de paix solitaire prend ses repas au restaurant de l'hôtel : menu du jour, grage-carreau et araignée-crabe ?

            13 octobre — Ramené hier soir Gusman qui me parle de la fille Philaminte dont le père mirotonne dans les Lettres. Elle souffre de claustrophobie, a le teint verdâtre, sort brusquement de classe au milieu d'un cours pour disparaître jusqu'à la prochaine, etc. A été justement remplacée par cet auxiliaire de latin qui ..., que ... On ne veut pas en hauts lieux que ça se sache (répétez quinze fois de suite, S.V.P.).

 
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